Blog de Le Bouard Avocats Versailles

Spécialiste Droit du Travail, Droit des Sociétés, Droit Commercial, Droit Médical

Télétravail et titres-restaurant : l’égalité de traitement confirmée

Publié le 10/10/2025 Vu 346 fois 0
Légavox

48 boulevard Albert Einstein

44300 Nantes

02.61.53.08.01

La Cour de cassation consacre l’égalité entre salariés sur site et télétravailleurs pour l’attribution des titres-restaurant.

La Cour de cassation consacre l’égalité entre salariés sur site et télétravailleurs pour l’attributio

Télétravail et titres-restaurant : l’égalité de traitement confirmée

La fin d’un flou juridique sur le télétravail

Après plusieurs années d’incertitudes et de décisions divergentes, la Cour de cassation a posé un principe clair : le salarié en télétravail a droit aux titres-restaurant dans les mêmes conditions que ses collègues présents dans l’entreprise.

L’arrêt du 8 octobre 2025 [[Cass. soc., 8 oct. 2025, n° 24-12.373, FS-B]], publié au Bulletin, a valeur de référence. Il clôt un débat nourri depuis la crise sanitaire et marque une étape décisive dans la normalisation du télétravail au sein du droit commun.

La Haute juridiction a retenu une lecture littérale et rigoureuse du Code du travail : dès lors qu’un repas est compris dans la journée de travail, l’avantage est dû, indépendamment du lieu où l’activité est exercée.


Un contentieux symptomatique de la transition post-Covid

Le litige concernait un cadre de la société Yamaha Music Europe, privé de titres-restaurant pendant deux ans de télétravail.
Son employeur estimait que le travail à domicile ne générait pas les mêmes contraintes de restauration que le travail sur site.

Le conseil de prud’hommes de Meaux a condamné l’entreprise au versement de la part patronale sur les titres-restaurant non attribués.
Le pourvoi en cassation, fondé sur une prétendue différence de situation entre télétravailleurs et salariés sur site, a été rejeté : la Cour rappelle que le lieu de travail ne peut, à lui seul, justifier une différence de traitement.


Une combinaison de textes pour une solution claire

Le raisonnement de la Cour s’appuie sur la combinaison de deux régimes légaux complémentaires.

1. Le principe d’égalité de droits du télétravailleur

L’article [[L. 1222-9, III]] du Code du travail dispose que « le télétravailleur a les mêmes droits que le salarié qui exécute son travail dans les locaux de l’entreprise ».
Cette égalité couvre non seulement les conditions d’emploi et de rémunération, mais aussi l’accès aux avantages sociaux et collectifs.

Ainsi, sauf raison objective, un télétravailleur doit bénéficier des mêmes avantages que ses collègues : prime, participation, œuvres sociales… et titres-restaurant.

2. La condition unique d’attribution du titre-restaurant

L’article [[R. 3262-7]] du Code du travail précise qu’un salarié ne peut recevoir qu’un titre-restaurant par repas compris dans son horaire journalier.
La loi ne distingue pas selon le lieu d’exercice du travail.
C’est cette neutralité géographique que la Cour de cassation vient confirmer : le télétravail ne saurait constituer un motif d’exclusion.


Les conséquences directes pour les entreprises

1. Refonte obligatoire des chartes et accords de télétravail

Les chartes internes, accords collectifs ou notes de service excluant les télétravailleurs du dispositif doivent être revus.
Leur maintien exposerait l’entreprise à un risque contentieux certain.

Désormais, l’attribution du titre-restaurant dépend exclusivement du rythme de travail journalier, et non de la localisation du poste.

2. Révision des systèmes de paie et de gestion

Les logiciels de paie, plateformes d’émission ou outils RH devront être paramétrés pour appliquer ce critère unique.
Un salarié travaillant à domicile sur une journée incluant une pause déjeuner doit percevoir son titre-restaurant, au même titre qu’un salarié en présentiel.

3. Risque de rappels salariaux

Les salariés exclus du dispositif entre 2020 et 2025 pourraient réclamer le paiement de la part patronale non perçue, dans la limite de la prescription triennale [[C. trav., art. L. 3245-1]].
Les entreprises ont donc intérêt à anticiper d’éventuelles réclamations en procédant à des régularisations volontaires.

4. Maintien des règles fiscales et sociales

L’égalité de traitement ne modifie pas le régime d’exonération : la contribution patronale reste exonérée dans la limite fixée chaque année, sous réserve d’une participation salariale comprise entre 50 et 60 % [[BOI-RSA-CHAMP-20-50-50-20]].


Une décision d’équilibre entre droit et réalité économique

Cette décision illustre la cohérence du droit du travail français : l’égalité de traitement prévaut dès lors que les situations sont comparables.
Le télétravail n’étant qu’une modalité d’exécution du contrat, il ne saurait être un critère discriminant.

Le raisonnement de la Cour est à la fois juridique et pragmatique :

  • juridique, car il repose sur la stricte application des textes ;

  • pragmatique, car il tient compte des transformations durables de l’organisation du travail.

L’enjeu n’est pas seulement de garantir un avantage financier, mais de préserver la cohésion et l’équité entre salariés hybrides et salariés sur site.


Une portée symbolique : la normalisation du télétravail

En écartant toute distinction fondée sur la localisation, la Cour de cassation confirme la volonté du législateur de faire du télétravail une modalité de droit commun.

Cette approche s’inscrit dans une évolution plus large : celle d’un droit du travail qui s’adapte aux nouvelles formes de présence, sans renoncer à ses fondements.
Le salarié à distance demeure pleinement rattaché à la communauté de travail et bénéficie des mêmes droits collectifs.

Pour les employeurs, cette décision offre une double opportunité :

  • renforcer la conformité juridique des politiques internes ;

  • consolider la confiance dans un contexte de travail hybride, où l’équité perçue est essentielle à la fidélisation des talents.


Conclusion : un principe simple, une mise en œuvre exigeante

L’arrêt du 8 octobre 2025 constitue une pierre angulaire du droit du télétravail.
Il fixe une règle claire : le droit au titre-restaurant découle de l’horaire de travail, non du lieu d’exercice.

Derrière cette précision technique se cache une idée fondamentale :
le télétravail n’est pas un statut, mais une modalité.
Et à situation comparable, droits identiques.

 

Les entreprises qui intégreront cette exigence d’équité dans leur gestion quotidienne y trouveront non seulement la sécurité juridique, mais aussi la cohérence sociale nécessaire à un modèle de travail durable.

 

LE BOUARD AVOCATS
4 place Hoche,
78000, Versailles
 

https://www.avocats-lebouard.fr

Vous avez une question ?

Posez gratuitement toutes vos questions sur notre forum juridique. Nos bénévoles vous répondent directement en ligne.