48 boulevard Albert Einstein
44300 Nantes
02.61.53.08.01
Une question juridique ?
Posez votre question juridique gratuitement à notre chatbot juridique sur Juribot.fr
Bonjour,
Je souhaiterais obtenir un avis juridique sur une situation que je rencontre.
Je suis salarié en contrat à durée indéterminée dans une entreprise
de menuiserie. En parallèle, j’ai créé une micro-entreprise, en toute
transparence avec mon employeur, afin de développer progressivement ma
propre activité. Mon objectif n’est pas de quitter immédiatement mon
emploi salarié, mais de créer ma clientèle avant d’envisager, si
l’activité le permet un jour, de me mettre à mon compte.
J’ai récemment terminé un premier chantier réalisé par
l’intermédiaire de ma micro-entreprise et j’ai aujourd’hui plusieurs
demandes de devis et de futurs chantiers.
Je suis actuellement en congés payés.
Mon employeur rencontre un retard important sur un chantier et m’a
demandé si je serais intéressé, à titre tout à fait exceptionnel, pour
intervenir en sous-traitance avec ma micro-entreprise afin de l’aider à
respecter ses délais.
Concrètement, il s’agirait d’une prestation de 4 à 5 jours.
J’établirais un devis et une facture au nom de ma micro-entreprise,
comme pour n’importe quel autre client. Cette mission représente une
véritable opportunité pour développer mon activité indépendante.
Mes questions sont les suivantes :
- Cette situation est-elle juridiquement possible ?
- Si oui, existe-t-il des précautions particulières à prendre ?
- Si non, sur quel(s) texte(s) de loi ou quelle jurisprudence repose
cette interdiction ? S’agit-il d’une interdiction expresse ou d’un
risque de requalification (salariat déguisé, lien de subordination,
etc.) ?
- À supposer que cette situation soit juridiquement possible, le fait que cette prestation soit réalisée pendant mes congés payés
modifie-t-il l’analyse ? La réponse serait-elle la même si cette
prestation était effectuée en dehors de mes heures de travail salariées
(par exemple le soir, le week-end ou pendant des RTT) ?
Je recherche si possible des réponses fondées sur les textes applicables ou la jurisprudence.
Merci d’avance pour vos éclairages.
Bien cordialement,
Maxime
Edit : Suppression de liens vers un site concurrent.
Dernière modification : 07/08/2026 - par janus2fr
Superviseur
Superviseur
Bonjour...
En tant que salarié, vous êtes lié à votre employeur par un lien de subordination. Un micro-entrepreneur doit, par définition, être totalement indépendant vis-à-vis de son client. Cumuler les deux pour la même structure est juridiquement incompatible.
Pour l'URSSAF et l'administration fiscale, utiliser sa propre micro-entreprise pour effectuer des travaux pour son propre patron (même pendant des congés payés) s'apparente à du contournement des règles du droit du travail. Cela peut être requalifié en travail dissimulé ou en prêt de main-d'œuvre illicite.
__________________________
Professionnelle en retraite.
Bonjour,
Je vous remercie pour le temps que vous avez consacré à ma question.
Depuis la publication de mon message, j'ai été recontacté par un conseiller spécialisé de la Chambre de Métiers et de l'Artisanat.
Selon lui, le recours ponctuel à la micro-entreprise de son salarié dans le cadre d'une prestation de sous-traitance n'est pas incompatible en soi, sous réserve que l'activité indépendante soit réelle. Il m'a notamment indiqué qu'il convenait de disposer d'une clientèle diversifiée, que l'employeur ne soit pas le client principal de la micro-entreprise et que les conditions d'exécution de la prestation caractérisent une véritable indépendance (organisation et horaires du travail, matériel utilisé, autonomie dans l'exécution de la mission, etc.).
En revanche, il n'a pas été en mesure de m'apporter une réponse définitive concernant l'exécution d'une telle prestation pendant les congés payés. Selon lui, aucune difficulté particulière ne se pose lorsque l'activité indépendante est exercée en dehors du temps de travail salarié (par exemple le samedi), mais la situation est plus incertaine pendant les congés payés. Il m'a indiqué qu'un avis juridique serait nécessaire pour sécuriser ce point.
Superviseur
Bonjour,
Un salarié ne peut pas facturer des prestations en tant que micro-entrepreneur pour son employeur habituel.
Ce type de facturation interne est strictement interdit par le droit français, car il présente de grands risques juridiques.
Les risques et interdits légaux
- Interdiction de facturer son employeur : Réaliser des missions en indépendant pour la société qui vous emploie déjà est interdit.
- Risque de requalification : Cette relation risque d'être jugée comme un contrat de travail déguisé.
- Travail dissimulé : L'entreprise s'expose à de lourdes amendes et à des rappels de cotisations auprès de l'URSSAF.
- Lien de subordination : Un indépendant doit être libre, ce qui est impossible s'il reçoit des ordres de son employeur habituel.
Bonjour,
Je vous remercie pour votre réponse.
Ce qui m'interpelle dans cette question, c'est que les différents interlocuteurs que j'ai consultés aboutissent à des conclusions différentes et, surtout, fondent leur analyse sur des arguments qui le sont tout autant.
Ainsi, la chambre syndicale considère que le problème tient au fait que les congés payés sont destinés au repos. L'Inspection du travail estime que la difficulté réside davantage dans l'impossibilité de démontrer l'absence de pression de l'employeur. La Chambre de Métiers et de l'Artisanat, quant à elle, m'a indiqué que cette situation était envisageable sous certaines conditions, notamment si l'activité indépendante est réelle (existence d'une clientèle diversifiée, autonomie dans l'organisation de la prestation, utilisation de son propre matériel, etc.).
Vous indiquez, pour votre part, que cette pratique est strictement interdite par le droit français.
Malgré l'ensemble de ces échanges, je n'ai pas encore réussi à identifier le texte de loi ou la jurisprudence permettant de trancher cette question.
En consultant la jurisprudence, j'ai essentiellement trouvé des décisions dans lesquelles les juges apprécient, au cas par cas, les conditions d'exécution de la prestation (autonomie dans l'organisation du travail, pouvoir de direction, utilisation du matériel, existence d'autres clients, etc.), mais je n'ai pas trouvé de décision consacrant une interdiction de principe.
Si vous disposez d'un texte de loi ou d'une jurisprudence sur lesquels repose votre analyse, je vous serais reconnaissant de bien vouloir m'en communiquer la référence. Cela me permettrait de mieux comprendre cette divergence d'interprétation.
Bien cordialement,
Maxime
Au cours de mes recherches, j'ai notamment consulté un arrêt de la Cour de cassation (Cass. soc., 23 janvier 2008, n° 06-46.137), qui me semble intéressant au regard de cette question.
Dans cette décision, la Cour rappelle que « l'existence d'une relation de travail ne dépend ni de la volonté exprimée par les parties ni de la dénomination qu'elles ont donnée à leur convention, mais des conditions de fait dans lesquelles est exercée l'activité des travailleurs »[/i]. Elle relève ensuite que le travailleur ne disposait d'aucune clientèle propre, était entièrement à la disposition de l'entreprise, travaillait sur les chantiers ou dans l'atelier de celle-ci, selon des horaires imposés, utilisait une carte de pointage comme les autres salariés et était rémunéré en fonction du nombre d'heures travaillées, et non au regard d'ordres de mission ou de contrats de prestation de services. C'est au regard de ce faisceau d'indices qu'elle a retenu l'existence d'un lien de subordination et requalifié la relation en contrat de travail.
À la lecture de cet arrêt, il me semble que la Cour apprécie les conditions concrètes d'exécution de la prestation afin de déterminer s'il existe ou non un lien de subordination, plutôt qu'elle ne pose une interdiction de principe. C'est pourquoi je serais intéressé de connaître le texte de loi ou la jurisprudence sur lesquelssur lesquels repose votre analyse.
Bien cordialement,
Maxime
Bonjour,
Le mieux serait à mon avis d’éluder le problème en modifiant, en concertation avec votre employeur, les dates de vos congés. Les cinq jours nécessaires ne seraient plus des jours de congé et vous exécuteriez le travail demandé en tant que salarié, donc sans émettre de facture à votre employeur.
Il n’existe pas de loi qui interdise formellement à un salarié qui est par ailleurs un entrepreneur indépendant de facturer des prestations à son employeur. Mais il y a évidemment un risque que la prestation facturée soit requalifiée par l’URSSAF en travail dissimulé. Comme l’a rappelé la cour de cassation dans l’arrêt que vous avez cité, c’est une question de fait appréciée souverainement par les tribunaux, il n’y a que des cas d’espèce.
Pourraient entrer en considération différents facteurs comme :
- le contrat de travail, à plein temps ou à temps partiel,
- votre régime fiscal en tant qu’indépendant, assujetti ou non à la TVA,
- le tarif que vous pratiquez, qui doit être cohérent avec ce que demande normalement une entreprise pour un temps de travail, plus qu’un salaire toutes charges sociales comprises,
- les modalités d’exécution du travail, si l’employeur est présent et vous donne des ordres,
- l’existence d’un contrat de sous-traitance conclu entre vous et votre employeur accepté par le maître de l’ouvrage et dont les conditions de paiement du sous-traitant ont été agrées par ce dernier (stricte application de la loi 75-1334 du 31 décembre 1975 relative à la sous-traitance).
__________________________
Blog
Consultez un avocat
www.callalawyer.fr
Droit public & des affaires
Propriété intellectuelle & Numérique
Droit pénal des affaires & Contentieux